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Les interviews imaginaires de Jean Calvin, paru dans "Quoi de Neuf," la gazette de la paroisse


Le QdN a repris une série d'articles déjà parue il y a un certain temps dans le "Cep", journal protestant de la région Cévennes-Languedoc-Roussillon. Elle nous a été donnée par Alain Martin, qui fut entre autre pasteur à Poitiers et Nimes et professeur à la fac de Théologie d'Aix. Nous le remercions beaucoup de nous permettre cette nouvelle publication.

Peut-être n'est-il pas inutile de rappeler que Calvin (né à Noyon, petite ville au nord de Paris) résida en 1534, pendant 2 mois, à Poitiers et y "dressa" une des premières communautés "réformées". (Si vous êtes interessés par l'histoire de l'église réformée de Poitiers il existe, depuis peu une brochure que vous pouvez vous procurer au temple). Voici ces articles :

Le célèbre réformateur Jean Calvin est de passage pour quelques jours dans notre XXème siècle. Pour les lecteurs du "Cep", notre collaborateur Alain Martin a réussi à obtenir un entretien avec cet homme d'Eglise renommé, certes, mais qui reste mal connu de beaucoup de nos contemporains. Voici les principax points de cet interview.

"Le Cep" : Monsieur Calvin, l'histoire vous présente comme le dictateur de Genève. Qu'en pensez-vous ?

J. Calvin : Je voudrais quand même préciser certaines choses. Tout d'abord, je n'ai jamais demandé à venir à Genève. Il s'est trouvé que j'y fis halte un soir, sur la route de Strasbourg. Guillaume Farel, l'ayant appris, m'adjura de rester. Que voulez-vous, je me suis laissé convaincre. Mais ce ne fut pas facile, croyez-moi.

Les Genevois ne sont pas commodes : une première fois, ils m'ont renvoyés, puis ils m'ont rappelé. Ils ne se sont jamais privés de me faire sentir que je n'étais qu'un étranger, tout juste toléré comme réfugié. N'oubliez pas que je n'ai été citoyen de Genève que 5 ans avant ma mort, et si j'ai eu quelque influence dans cette ville, je ne le dois qu'à la prole de Dieu que j'ai voulu annoncer.

"Le Cep" : En tant que théologien de la prédestination, n'avez-vous présenté la figure d'un Dieu sévère et impitoyable ?

J. Calvin : Ecoutez, je n'ai pas inventé la prédestination. Le mot se trouve dans la bible, et avec mon ami Luther, nous n'avons fait que répeter ce que disait déjà saint Augustin. Ce qui m'interesse, ce n'est pas la prédestination par elle-même, mais la gloire de Dieu. Il y a dans mon œuvre des choses bien plus importantes. Je ne comprends pas que vous n'ayez retenu que cela : je n'en parle jamais dans mes prédications et elle n'occupe que quelques pages dans on "Institution chrétienne". Et puis, je crois que ce mot vous fait peur : vous n'y voyez qu'une atteinte à votre liberté. Mais pour nous, les hommes du XVIème siècle, la prédestination a d'abord été une libération . celle de l'angoisse de savoir si on étéit sauvé ou perdu. C'est l'affaire de Dieu, non la nôtre, heureusement. Nous ne sommes plus là, à évaluer dans la crainte paralysante nos petits mérites. La prédestination est le garant de notre liberté !

"Le Cep" : N'avez-vous pas affaibli le christianisme en divisant l'Eglise ? Pourquoi avez-vous créé une nouvelle religion ?

J. Calvin : Je n'ai jamais créé une religion nouvelle! Quelle est cette sottise? Nous avons été nombreux, au XVIème siècle, à vouloir un renouveau de l'Eglise. Ce n'est pas de notre faute si nous avons été mis dehors. Mais en fait, c'est la papauté qui s'est mise hors de l'Eglise. Quant à nous, nous n'avons rien inventé. Nous n'avons que répété ce qui était dans l'Ecriture sainte. Et, dans "l'institution chrétienne", je cite abondamment ceux qui m'ont précédé : Augustin, Hilaire de Poitiers, Bernard de Clairvaux, Cyprien, etc. En persistant dans leurs funestes traditions les hommes du pape porte la responsabilité de la division. Toute ma vie, j'ai désiré l'unité, mais celle-ci ne se trouve que dans l'autorité de la parole de Dieu. Diviiser l'Eglise, c'est mettre le Christ en pièces.

"Le Cep" : A ce propos, votre théorie sur l'inspiration secrète du Saint-Esprit ne risque-t-elle pas de donner libre cours à toutes sortes d'interprétation plus ou moins fantaisistes ? …
Pour la réponse et la suite…voir le prochain numéro


LES INTERVEWS IMAGINAIRES DE JEAN CALVIN

Voici la suite (voir le QdN de Noël) des inter-vews imaginaires de Jean Calvin par Alain Martin (parues une 1ère fois dans le "Cep", journal protestant de la région Cévennes-Languedoc-Roussillon.
Peut-être n'est-il pas inutile de rappeler que Calvin (né à Noyon, petite ville au nord de Paris) résida en 1534, pendant 2 mois, à Poitiers et y "dressa" une des premières communautés "réformées".

"Le Cep" : Votre théorie sur l'inspiration secrète du Saint-Esprit ne risque-t-elle pas de donner libre cours à toutes sortes d'interprétation plus ou moins fantaisistes ?

J. Calvin : Mais non! C'est justement le contraire. C'est à cause même de l'inspiration du Saint-Esprit de Dieu que nous sommes garantis de la guerre des interprétations. Nos adversaires le savent bien. Ils prennent prétexte de la multitude des interprétations pour dire que l'Ecriture est un nez de cire que l'on peut modeler à sa fantaisie. Ils ont beau jeu, alors, d'affirmer qu'une autorité ecclésiastique est nécessaire pour décider de la bonne interprétation. Pour nous, Dieu seul peut interpréter sa Parole. Notre pari, c'est d'affirmer que Dieu lui-même s'adresse directement et clairement aux hommes par l'Ecriture : Dieu ne s'est pas uniquement adressé aux plus savants, mais il a communiqué sa voix à tout le peuple, jusqu'au plus idiot.

"Le Cep" : Certes, il n'est pas question de nier le rôle du Saint-Esprit. Mais enfin, vous-même, vous avez eu affaire aux anabaptistes qui prétendaient détenir eux seuls le Saint-Esprit.

J. Calvin : Bien sûr. Mais le Saint-Esprit n'est pas quelque fumeuse fantaisie. C'est quand même l'Esprit du Père et l'esprit de Jésus-Christ. Il ne peut pas y avoir de contradiction entre l'esprit et l'Ecriture. Tout se tient : il y a un équi-libre entre l'action de l'Esprit, l'Ecriture et l'Eglise. Si vous prenez l'un indépen-damment des deux autres, tout s'écroule. Ainsi l'Ecriture ne peut se comprendre sans le Saint-Esprit et en dehors de la communauté. Il n'y a pas de lecture privée de l'Ecriture. Plusieurs sont amenés, par orgueil, présomption ou dédain, à croire qu'il leur suffit de lire seuls l'Ecriture : ils se trompent. Quant à l'Eglise, elle n'est qu'une institution creuse et vide si elle n'est pas soumise à l'Esprit et à l'Ecriture.

"Le Cep" : Justement, venons-en à l'Eglise. N'avez-vous pas mini-miser le rôle de l'Eglise au profit de l'individualisme ?

J. Calvin : Pas du tout. Il est vain de croire que le chrétien puisse se passer des autres. Hors de l'Eglise, il n'y a pas de salut. C'est-à-dire hors de la communauté des croyants, non hors d'une quelconque institution ecclésiastique. C'est ensemble que nous sommes croyants. L'Eglise est notre mère : c'est en son sein que nous sommes instruits de la parole. Nous serions des ingrats de la mépriser. Ce serait, en définitive, mépriser la grâce que Dieu nous fait en elle.

"Le Cep" : Alors, il faut être inscrit dans une Eglise pour être sauvé?

J. Calvin : Mais non! Vous ne pouvez pas mettre une liste des vrais chrétiens dans un fichier : Dieu seul connaît les limites de la véritable Eglise; elle est invisible aux yeux des hommes qui voudraient pourtant bien la juger, la peser, la mesurer. L'Eglise est invisible, mais elle est aussi visible, parce que composée des hommes que nous sommes. Mais qui peut juger du degré de notre foi?
Tantôt on ne parle que d'une Eglise invisible pour en faire une réalité éthérée, tantôt on ne veut qu'une Eglise visible pour n'y voir qu'une association de croyants. En réalité, il faut tenir les deux ensemble : ne jamais oublier qu'elle est tout à la fois le corps du Christ et la réalité des hommes qui la composent.

"Le Cep" : Mais n'avez-vous pas fait régner sur cette Eglise visible une discipline de fer ?

J. Calvin : Encore une réputation que l'on me fait. D'abord la discipline que je conçois n'a rien à voir avec ces réglements écclésiastiques dignes du droit canon que vous appelez aujourd'hui discipline. La discipline, c'est la manière de vivre de chrétiens qui partagent la même foi. Sans d'abord une confession de foi, pas de discipline possible. Si on croit la même chose, si on est uni par le même Seigneur, on ne peut pas vivre n'importe comment. Vous trouvez scandaleux l'excom-munication, mais que faites-vous du scandale causé aux plus petits par une conduite dépravée? L'avez-vous lue seulement ma discipline, Ce n'est qu'après de nombreuses interventions et admo-nestations qu'on en arrive, en désespoir de cause, à dire à quel-qu'un qu'il ne peut rester en com-munion et recevoir la Sainte Cène.

"Le Cep" : Ne trouvez-vous pas que vous êtes allé trop loin dans la vie privée des gens ?

J. Calvin : Vous croyez que la seigneurie de Jésus-Christ s'arrête au seuil de la vie privée? Et c'est bien parce que la vie de chacun appartient au Seigneur que je ne peux en aucun cas m'en sentir le juge. Mais quel témoignage une communauté chrétienne peut-elle donner si elle admet en elle n'importe quel comportement?

"Le Cep" : M. Calvin, on vous a beaucoup reproché l'affaire Servet : vous avez conduit un homme au bûcher. Qu'avez-vous à en dire ?

Pour la réponse et la suite de l'intervew voir le prochain numéro du QdN

LES INTERVEWS IMAGINAIRES DE JEAN CALVIN

Voici la suite (voir les 2 derniers QdN) des inter-vews imaginaires de Jean Calvin par Alain Martin (parues une 1ère fois dans le "Cep", journal protestant de la région Cévennes-Languedoc-Roussillon).
Peut-être n'est-il pas inutile de rappeler que Calvin (né à Noyon, petite ville au nord de Paris) résida en 1534, pendant 2 mois, à Poitiers et y "dressa" une des premières communautés "réformées".

Ì"Le Cep" : M. Calvin, on vous a beaucoup reproché l'affaire Servet: Vous avez conduit un homme au bûcher. Qu'avez-vous à en dire?

J. Calvin : C'est vrai. Avec le recul du temps, je m'aperçois qu'il y a des choses que l'on a faites et dont on n'est pas particulièrement fier. Castellion avait une bien mauvaise théologie, mais il n'avait pas tort quand il me disait : Calvin, tu combats une idée, mais c'est un être humain que tu brûles. Au départ, je ne voulais pas la mort de Servet, mais seulement qu'il rétracte ses erreurs. Il faut se représenter ce qu'était Genève à ce moment-là : une poudrière. J'étais attaqué à la fois par ceux qui me reprochaient d'être trop dur, comme par ceux qui m'accusaient d'être trop doux avec les hérétiques et de ne pas avoir une attitude assez ferme. Peut-être ai-je été piégé par ceux qui étaient mes ennemis à Genève. Je n'ai pas pris directement la décision de mener Servet au bûcher, mais je n'ai pas à être fier d'avoir contribué à sa mort.. Dans ce siècle passionné, j'ai été entraîné par le zèle de défendre la vérité chrétienne. Il ne faut quand même pas oublier que Servet niait la divinité de Jésus-Christ : pouvais-je l'admettre?
Ah! Si au lieu de mourir dans mon lit, j'étais mort sur un bûcher, l'histoire serait bien moins sévère avec moi !

"Le Cep" : Justement, à propos de votre mort, pourriez-vous éclairer un point d'histoire qui, jusqu'à aujourd'hui est resté dans l'ombre : où avez-vous été enterré ?

J. Calvin : Vous croyez que cela a de l'importance? Les tombes et les cimetières ne comptent pas : ils entraînent le cœur humain vers la superstition. C'est une coutume de tous les âges et de tous les pays de faire des obsèques aux trépassés. Satan a abusé les pauvres gens par de telles illusions, et les chrétiens n'ont pas voulu être en reste en pensant qu'il fallait faire des cérémonies pour soulager les âmes de leurs morts, mais cela procède d'une singerie perverse.

"Le Cep" : M Calvin ! Vous employez des mots qui vont choquer bien des lecteurs. Ne pensez-vous pas que vos propos excessifs risquent de froisser des croyants dans la peine ?

J. Calvin : Croyez-vous que je ne sache pas ce qu'est le deuil et le chagrin..J'ai perdu mon fils unique, mon petit Jacques quelques jours seulement après sa naissance et Dieu m'a repris ma femme après quelques années de mariage : je sais de quoi je parle. Mais ma seule et unique consolation est en Jésus-Christ. Tout le reste est illusion que l'homme se forge; ces consolations sont fausses et nous détournent de Jésus-Chris. Je suis bien triste de voir que beaucoup de ceux qui se disent chrétiens dans votre siècle sont beaucoup plus préoccupés de leurs tombes et de leurs cultes d'enterrement que par la résurrection de Jésus-Christ. Ont-ils encore vraiment confiance dans leur Seigneur? Ne vous préoccupez pas de ma tombe : cherchez plutôt celui qui est la Résurrection et la Vie : Dieu est le Dieu des vivants, non le Dieu des morts.

"Le Cep" : Monsieur Calvin, vos propos fermes sur les ensevelissements montrent que vous vous méfiez des rites religieux; c'est un peu la même chose pour la fête de Noël que vous ne portez pas dans votre cœur.

J. Calvin : Qu'on me comprenne bien ! Prenons l'exemple de Noël : il ne s'agit nullement pour moi de nier l'importance de la naissance de notre Seigneur : j'ai bien souvent prêché la nativité. Mais je n'aime pas ces fêtes qui mélangent Evangile et superstitions. Je me méfie de tout ce qui entraîne le cœur des hommes vers le paganisme qui nous détourne de la seule gloire de Dieu. L'homme est un animal naturellement superstitieux qui extravague sans mesure. Ce sont des rêveries dans lesquelles nous tombons quand nous voulons mesurer Dieu selon la capacité de notre sens charnel. C'est une manière perverse qu'a l'homme de se détourner de Dieu et de mettre sa confiance dans les rites, les jeûnes, les cierges ou les cantiques.
Trop souvent, la superstition se mêle à l'annonce de l'évangile. C'est pourquoi je préfère que l'on renonce à des pratiques, au départ louables, mais pleines d'ambiguïtés. Il vaut mieux se passer de fêtes et de pratiques trop mêlées de superstitions et ne garder que l'essentiel.

"Le Cep" : C'est bien pourquoi vous avez développé la prédication de la parole et minimisé le rôle des sacrements, et en particulier de la sainte cène.

J. Calvin : Mais pas du tout ! N'oubliez pas qu' ………

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Pour la réponse
et la suite de l'intervew,
voir le prochain numéro du QdN

LES INTERVEWS IMAGINAIRES DE JEAN CALVIN

Voici la suite (voir les 3 derniers QdN) des inter-vews imaginaires de Jean Calvin par Alain Martin (parues une 1ère fois dans le "Cep", journal protestant de la région Cévennes-Languedoc-Roussillon).
Peut-être n'est-il pas inutile de rappeler que Calvin (né à Noyon, petite ville au nord de Paris) résida en 1534, pendant 2 mois, à Poitiers et y "dressa" une des premières communautés "réformées".

"Le Cep" : M. Calvin, cest bien pourquoi vous avez développé la prédication de la Parole et minimisé le rôle des sacrements et en particulier de la sainte cène.

J. Calvin : Mais pas du tout ! N'oubliez pas qu'au temps de la Réforme, la cène était tombée en désuétude dans les eglises d'occident. Le peuple chrétien ne commu-niait qu'une fois par an; le reste du temps, seuls les prêtres avaient droit au sacre-ment. C'est nous les réformateurs, qui avons redonné le goût de la cène à l'Eglise et, pour suivre les données du Nouveau Testament, j'ai souhaité que la cène fut célébrée chaque dimanche; mais je n'ai pas été suivi. Si vous croyez que je faisais ce que je voulais à Genève !
C'est ensuite que les papistes ont compris l'importance de la cène jusqu'à instituer l'adoration du saint sacrement.

"Le Cep" : Mais bien sûr, pour vous, la cène reste un simple symbole.

J. Calvin : Que voulez-vous dire par là ? L'homme pervertit tout : aussi bien la Parole que le rite. Pourtant le geste est utile : Dieu s'adresse à nous par tous nos sens ; le sacrement est une sorte de Parole visible. Dans la cène, Dieu nous parle car il est présent.

"Le Cep" : Vous croyez donc, comme les catholiques, à la présence réelle : ce n'est guère protestant.
J. Calvin : Oui, je crois à la présence réelle. Mais, pour moi, cette présence reste toujours mystérieuse : elle ne peut être expliquée. C'est pourquoi je ne suis pas les papistes qui, par philosophie et raison-nements humains, veulent expliquer cette présence et ont inventé, pour cela, le trassubstantation. Il ne sert à rien de vouloir expliquer comment le pain est le corps du Seigneur, et le vin son sang. C'est par le Saint-Esprit que le pain et le vin signifient la présence de Jésus-Christ. C'est pourquoi je ne partage nullement l'avis de ceux qui pensent que la cène n'est qu'un symbole, un simple rappel du passé.

"Le Cep" : Monsieur Calvin, permettez-moi d'aborder un autre sujet. On vous accuse d'avoir créé une religion qui a encouragé les bourgeois de votre temps à devenir plus riches. Qu'en pensez-vous ?

J. Calvin : Je pense que vous avez une bien curieuse manière de poser vos questions. Comme si j'avais voulu favoriser une classe sociale au détriment d'une autre : c'est cela l'évangile ? J'ai seulement voulu rappeler aux riches qu'ils ne l'étaient pas pour eux-mêmes. La recherche de la richesse pour elle-même est une faute, et la division entres riches et pauvres est une conséquence du péché. C'est pourquoi je pense que le riche a un ministère auprès du pauvre.

"Le Cep" : C'est donc souligner l'importance de l'argent . . .

J. Calvin : Non, C'est rappeler que nous sommes responsables des dons que Dieu nous fait : celui qui a reçu la force physique, ou la richesse, ou l'intelligence, doit mettre tout cela au service des autres. Tout artisan n'est excellent dans son état que dans la mesure où l'Esprit besogne en lui. Les dons sont divers, mais il n'y a qu'un seul Esprit. Et c'est vrai à la fois pour les dons spirituels comme pour toutes les compétences qui touchent à la vie commune.

"Le Cep" : Si la sociétgé doit être marquée par un esprit de solidarité, on comprend alors pourquoi on vous appelle quelque fois le père de la démocratie moderne.

J. Calvin : Je ne suis le père de rien du tout. J'ai seulement voulu qu'on en revienne à la pureté de l'Evangile. Quand à la politique elle n'est pas directement mon affaire : je n'ai jamais eu une vocation d'homme politique. Je ne crois pas qu'il y ait une forme idéale de gouvernement. Mais si Dieu a voulu qu'il y ait des états, c'est pour que la vie entre les hommes soit possible. Il me semble cependant qu'il faut se garder de deux extrêmes : d'une part le gouvernement d'un seul qui conduit toujours à la tyrannie, et de l'autre le gouvernement de la multitude qui conduit encore plus sûrement à l'anarchie. La responsabilité d'un gouvernement doit être assumée par une équipe de gens qualifiés pour cela. Quelques-uns, mais pas trop nombreux. Mais quant à savoir si une république est préférable à une royauté, c'est chose seconde.

"Le Cep" : On pourrait dire qu'aujourd'hui, vous seriez partisan de la cohabitation.

J. Calvin : Vous dites des bêtises parce que vous mélangez tout. Il n'y a en fait qu'une seile seigneurie pour ce monde : celle de Jésus-Christ. Sans doute ce que vous appelez démocratie est peut-être le moins mauvais des systèmes, puisqu'il protège du pouvoir personnel.

"Le Cep" : Donc, la démocratie est aussi la moins mauvaise façon de diriger l'Eglise.

J. Calvin : Non En disant cela, vous vous trompez lourdement. L'autorité dans l'Eglise ne peut être dans les mains d'un pape ou d'un synode. La seule autorité qu'on puisse reconnaître dans l'Eglise c'est celle de Jésus-Christ. L'Eglise ne peut être ni une monarchie ni une démocratie, ni quoi que ce soit : elle ne peut être qu'une christocratie.

fin de l'intervew
dans le prochain QdN

LES INTERVEWS IMAGINAIRES DE JEAN CALVIN

Ici prend fin (voir les 4 derniers QdN) l'inter-view imaginaire de Jean Calvin par Alain Martin (parues une 1ère fois dans le "Cep"). Petit rappel : J. Calvin (né à Noyon, petite ville au nord de Paris) résida en 1534, pendant 2 mois, à Poitiers et y "dressa" une des premières communautés "réformées".

"Le Cep": Monsieur Calvin, avant de nous quitter, permettez-moi une question personnelle : on vous accuse quelque fois de ne pas avoir bon caractère. Est-ce vrai ?

J. Calvin : Oui, je le confesse, j'ai péché parce que je n'ai pas su garder la mesure La bile a si bien envahi mon âme que, de tout côté, j'ai répandu mon amertume. Il y avait bien des motifs d'indignation, mais il aurait fallu être plus modéré . . . Mais je n'aime guère parler de moi.

"Le Cep" : Si vous aviez un mot d'ordre à laisser aux lecteurs, que diriez-vous ?

J. Calvin : Qu'en connaissant Dieu, chacun de nous se connaisse et que, pour cela comme en toute chose, on recoure encore à l'Ecriture.

"Le Cep" : Monsieur Calvin, la dernière question : Que pensez-vous de l'Eglise Réformée aujourd'hui en France ?

J. Calvin : Pauvrette Eglise ! Bien des malheurs se sont abattus sur elle et c'est bien un miracle qu'elle soit encore en vie aujourd'hui. Méprisée, persécutée, elle se maintient contre vents et marées, malgrè toutes les difficultés. Mais j'ai quand même contre elle qu'elle a oublié son premier amour, et j'ai souvent du mal à reconnaître, dans votre Eglise, celle de mon siècle.

"Le Cep" : Oui, mais peut-on comparer ce qui ne peut l'être ? Aujourd'hui, bien des choses ont changé : la société n'est plus la même, elle s'est laïcisée; de plus, l'Eglise catholique n'est plus un adversaire.

J. Calvin : Oui. Mais ce que j'écrivais contre cette Eglise, au XVIème siècle, pourrait bien souvent être redit avec profit à l'Eglise Réformée d'aujour-d'hui. Quand une Eglise se préoccupe avant tout de maintenir ses rites, ses habitudes ou ses traditions, elle se ferme à la Parole. Que ce soit avec un pape ou avec un synode, les mauvaises habitudes ecclésiastiques se prennent vite. Une Eglise n'est jamais une fin en soi. Vous n'êtes pas "réformés" une fois pour toutes et par procuration. C'est vous personellement qui devez chaque jour vous réformer, et pas nous, vos ancêtres, seulement. Sinon, nous aurions œuvré et souffert en vain. Votre monde comme le mien n'ont besoin que d'une chose : des hommes qui témoignent de l'amour de Jésus-Christ.

"Le Cep": Monsieur Calvin, malgré les siècles, vous restez toujours aussi vigoureux. Merci de nous avoir consacré un peu de votre éternité.

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